Enquête Politique d’orientation scolaire et professionnelle au Togo, une initiative en souffrance OrientInfo 17 décembre 2025 3–5 minutes L’inadéquation entre la formation et l’emploi constitue un facteur de chômage des jeunes au Togo. L’orientation scolaire professionnelle constitue un moyen efficace de réussite éducative et d’insertion professionnelle. Au Togo, malgré l’existence d’une politique nationale d’orientation mise en place par les autorités, celle-ci reste fragilisée. Les apprenants peinent à bénéficier d’un accompagnement adéquat dans le choix des filières scolaires ou de métiers. Pourquoi cette politique souffre-t-elle donc à s’imposer comme un outil efficace de réussite scolaire et professionnelle ? Le Centre national d’orientation scolaire et professionnelle (CNIOSP) créé en 2010 à pour vision d’informer, accompagner guider les jeunes vers des choix adaptés à leurs aptitudes et aux besoins du marché de l’emploi. Pour concrétiser cette vision, l’Etat dans la mise en œuvre de sa feuille de route 2025, a procédé à la validation en 2021 du document de la politique nationale d’orientation marquant une étape importante dans le processus. Cependant, cette initiative semble être toujours à l’état embryonnaire. Des réalités contradictoires sur le terrain D’après les sondages menés des établissements dans le Grand Lomé, l’orientation est presque inexistante (privés) ou est réduite à des séances irrégulières. La plupart des établissements manque de personnel formé en orientation. Et, pour tout le territoire national, le CNIOSP ne dispose que d’une quarantaine de conseiller d’orientation. Un chiffre très insignifiant par rapport au nombre d’établissements dont dispose le pays. La région des Savanes composé de sept préfectures, ne dispose actuellement que d’un seul conseiller d’orientation chargé de parcourir des centaines de kilomètres par jour à ses frais. Les établissements qui ont cette chance d’accueillir un conseiller, quant à eux ne dispose pas d’heure réservée pour l’orientation dans leur emploi du temps. « Nous ne disposons que d’heures creuses qui sont même parfois prises par les enseignants. Et nous sommes obligés d’utiliser notre véto », souligne M. Alaglo, Conseiller d’orientation. Ces séances rares sont renforcées par d’autres organisées par l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) chaque année. Cette année par exemple, 432 établissements couverts ; 2 988 classes touchées ; 171 670 élèves sensibilisés ; 666 ateliers organisés au profit de 15 983 élèves sur l’ensemble du territoire nationale. Anpetogo . Des élèves au lancement des séances d’orientation à Atakpamé (Photo/ANPE) Non maitrise des filières et leur débouchés, un frein Le manque d’information à l’endroit des familles ou des apprenants sur les filières et les débouchés sur le marché constitue également un frein au décollage effectif de la politique d’orientation. Les apprenants continuent d’effectuer seul ou avec le soutien des parents, des choix qui ne correspondent pas aux secteurs porteurs identifiés. « J’ai choisi l’allemand parce que j’aime la langue mais je ne sais pas encore ce que je veux faire comme métier », nous confie Thérèse, étudiante en 1ère année à la Faculté de lettres, langues et arts (FLLA) à l’Université de Lomé. Parallèlement à Thérèse, Abidé, âgée de 15ans est en classe de seconde A4 au lycée Agoè. Cette série, elle ne l’a pas choisie mais plutôt sa mère. Ces deux jeunes comme certains de leur camarade ne connaissent pas l’existence d’un service d’orientation ou n’en ont entendu qu’une fois lors d’une séance de sensibilisation sans trop y prêter d’attention. De plus, les parents et enseignants manque d’informations essentielles sur les filières et les opportunités d’emploi. M. Momouni Mohamed, enseignant au complexe scolaire Privée ‘’le Brillant’’ déclare qu’ils n’ont jamais bénéficié de formation spécifique pour accompagner les apprenants dans leur choix. Dame Mazalo(Nom d’emprunt) mère de Abidé précise, « Nous, on ne sait pas qu’elle filière offre de vraies opportunités. On veut juste le meilleur pour l’avenir de nos enfants », Des acteurs de l’éducation insistent sur la nécessité d’intégrer l’orientation dans le système éducatif en prenant en compte les besoins économiques du pays. Dans cette logique, l’ancien ministre de l’enseignement supérieur, Kanka-Malik Natchaba, relevait lors d’une rencontre sur l’analyse détaillée de l’année scolaire 2024–2025, que « la prédominance de la série littéraire souligne la nécessité de renforcer l’orientation vers les filières scientifiques, qui sont en phase avec les besoins stratégiques de développement du pays ». Le manque de moyen, de conseillers spécialisés et la faible communication sur le marché de l’emploi fragilise le dispositif mis en place. Pour sortir de cette impasse, il faudrait institutionaliser l’orientation dans les établissements publics et privés avec des conseillers dédies. La formation des enseignent s’avère aussi nécessaire afin qu’ils accompagner activement les apprenants. Sans une volonté politique forte, des moyens conséquents et une meilleure articulation avec le marché de l’emploi, la politique d’orientation scolaire risque de demeurer une initiative sans lendemain. Les jeunes togolais eux, ils aspirent toujours à trouver leur voie dans ce monde en plein mutation Alice B.